Trouble de la personnalité borderline état limite.
Sérotonine et depression.
Fonctionnement des neurones et sérotonine.
Antidépresseurs inhibiteurs spécifiques de recapture de sérotonine (IRS - SSRI), principe.

Introduction:

Trouble borderline et dépression sont fréquents...
Cette page a pour vocation d'expliquer de façon simple le rôle de la sérotonine, son mode d'action et le mode de fonctionnement des antidepresseurs de type IRS /SSRI
La sérotonine, qu'est-ce que c'est ?
La sérotonine est une molécule, un neurotransmetteur parmi de nombreux neurotransmetteurs...
C'est un messager chimique du système nerveux lié à plusieurs fonctions physiologiques comme le sommeil, l’agressivité, les comportements alimentaires, sexuels ainsi que dans la dépression.
La sérotonine est produite par un groupe de neurones qu'on appelle neurones sérotoninergiques.
Le taux de serotonine chez les individus serait fonction de facteurs génétiques mais aussi des soins parentaux reçus au début de la vie.
La "communication" neuronale
Toutes nos sensations, nos mouvements, nos pensées, nos raisonnements et nos émotions sont le résultat de l’échange entre les neurones.

Cet échange est assuré par deux processus distincts et complémentaires :

La conduction électrique permet de faire voyager rapidement l'influx nerveux à l'intérieur d'un même neurone.

La transmission chimique permet de transmettre l'influx nerveux d'un neurone à l'autre et s'effectue au niveau de la synapse et au moyen de neurotransmetteurs.

La synapse est le point de contact chimique entre deux neurones, un des neurones jouant le role d’emetteur  (pré-synaptique) et l’autre neurone de recepteur (post synaptique)

Le neurone "emetteur" synthétise un neurotransmetteur, par exemple la sérotonine et le neurone "récepteur" disposera notamment d’un "détecteur chimique" de ce même neurotransmetteur, ce détecteur etant appelé récepteur membranaire.

Chaque fois que la sérotonine est relâchée dans une terminaison nerveuse, elle est ensuite soit recaptée(par le neurone emetteur ou presynaptique), soit dégradée et ce afin notamment d’éviter que la stimulation du neurone recepteur (postsynaptique) se prolonge indéfiniment

(En gros, c'est un peu comme si le neurone émetteur lancait une bouteille à la mer avec sa cane à peche en ayant mis à l'intérieur un message chimique. De l'autre coté sur l'autre rive, l'autre neurone, qui lui, dispose d'un détecteur chimique, se met à lire le message chimique puis la bouteille est "récupérée" par le neurone émetteur pour qu'il s'en reserve plus tard)

Action des antidépresseurs IRS et SSRI
Les IRS/SSRI diminuent la recapture de la sérotonine par le neurone emetteur(pré-synaptique). Davantage de neurotransmetteurs restent donc dans la fente synaptique plus longtemps, ce qui permet de compenser le taux anormalement bas de sérotonine chez les personnes déprimées ou avec trouble de la personnalité limite.
Ainsi la transmission sérotoninergique est facilitée et donc les échanges entre les neurones

(En gros, chez les personnes déprimées, le neurone recepteur n'a pas eu le temps de lire le contenu chimique de la bouteillee envoyée, que l'emetteur récupère déjà sa bouteille et ainsi l'échange n'a pas pu s'opérer correctement)

Pourquoi dit-on que les IRS/SSRI permettent de rétablir le fonctionnement du cerveau et non qu'ils "modifient" son fonctionnement ?
(Le corolaire à cette question étant "j'ai peur de ne plus être moi-même si je prends des antidépresseurs")
Comme vous venez de le lire, les IRS se contentent de "faire baigner plus longtemps" la sérotonine dans la fente synaptique afin d'augmenter la chance pour le neurone récepteur de "capter le message"
Si les SSRI augmentaient la quantité de sérotonine fabriquée et "expédiée" alors on pourrait se dire que ces médicaments pourraient fabriquer des connexions neuronales artificielles...
Mais ce n'est pas du tout cela, le médicament n'augmente pas les émissions, il garde les émissions exitantes, nous sommes face à un neurone qui avait enclenché un échange avec un autre neurone, et qui sans l'utilisation de l'IRS risquait d'avoir son message perdu.
Un SSRI revient donc à améliorer la réception de sa radio et non à augmenter ou bidouiller l'emetteur. C'est en ce sens que l'on peut dire qu'il "répare"
Et c'est aussi d'ailleurs pour cela qu'il n'est pas dramatique de prescrire des IRS à des personnes qui n'en n'auraient pas vraiment besoin, elles se retrouvent alors avec une "reception améliorée" alors qu'elle était déjà bonne... cela ne va donc pas, en théorie, influer sur les échanges existants, ni en ajouter, ni en supprimer.
Chez certaines personnes, il y aurait un risque d'effet inverse dans l'utilisation d'un IRS, pendant les premiers jours du traitement, pourquoi ?
(corolaire pourquoi mon médecin m'a prescrit des anxiolytiques ou des neuroleptique en début de traitement IRS ?)
Les antidépresseurs SSRI ont pour vocation "d'augmenter les pensées positives" (disons de faire baisser le risque de suicide) mais il a été constaté que chez certaines personnes, ils pouvaient avoir un effet inverse durant le premier mois.
Une étude de Jick H (JAMA. 2OO4 Jul 21 "Antidepressants and the risk of suicidal behaviors") a fait ressortir que chez certaines personnes "le risque de comportement suicidaire était accru durant le premier mois suivant le début du traitement et spécialement pendant les 9 premiers jours". Il peut y avoir risque de levée des inhibitions comportementales

Et pourquoi ? Voici une théorie
En bloquant la recapture de la sérotonine, on augmente la présence de serotonine dans la synapse, sérotonine qui par sa présence plus importante, saturerait les récepteurs de recapture et le neurone, voulant "soulager" ses récepteurs, se mettrait alors à libérer moins de sérotonine… et ainsi on aurait un effet inverse à celui souhaité (baisse de sérotonine au lieu d'augmentation)
Puis dans un deuxième temps les recepteurs seraient « habitués » à cette présence (désensibilisés) et le neurone se remettrait à fabriquer normalement (comme avant) la sérotonine, sérotonine qui étant moins recapturée serait alors en quantité plus importante dans la synapse.

Quid des anxio ou neuroleptiques avec l'IRS ? Et bien ils auraient alors pour objet de palier au démarrage lent, voire au "fonctionnement inverse" de l'IRS pendant les premiers jours.
Les études sont d'ailleurs d'accord pour dire qu'un antidépresseur se prescrit au minimum pour une durée de plusieurs mois

Et les antidepresseurs tricycliques ? Sont-ils moins efficaces ?
On peut dire que les antidépresseurs tricycliques sont des "vieilles" molécules qui ont été développés dans les années 1950
Ils ont en gros le même principe d'action que les ISRS mais en bloquant la recapture de la noradrénaline (autre neurotransmetteur) et aussi de la sérotonine pour certains d'entre eux.

On ne peut pas dire qu'ils soient moins efficaces que les SSRI (parfois même ils le sont plus, sans doute du fait d'un spectre d'action plus large)
Non le problème est qu'ils influent aussi d'autres neurotransmetteurs mais aussi en dehors du cerveau d'où multiples effets secondaires possibles.
Les ISRS n’ont pas un mode d’action aussi large et n’amènent par conséquent pas ces effets secondaires

Conclusion ?
A quand les molécules qui n'agissent que sur le cerveau et pas en dehors, qui n'agissent que sur certains neurotransmetteurs et pas d'autres, qui n'agissent que sur certaines régions du cerveau et pas d'autres, que sur un groupe de cellules et pas d'autres ?
Je crains que ce soit loin d'être pour demain et c'est pour cela qu'il est important que le praticien et le patient visent les molécules pour lesquelles le rapport bénéfice / effets secondaires est le plus favorable
Voir page dopamine(les neuroleptiques agissant sur la dopamine)
Voir page gaba(les anxiolytiques benzodiazepines agissant sur les gaba)

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Dernière mise à jour  2016.
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Auteur Alain Tortosa, psychopraticien, président fondateur de l'aapel
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