Trouble borderline
Avis sur le film "Une vie volée" de J. Mangold

 
Cliquer pour commander Susanna : I know what it's like to want to die. How it hurts to smile. How you try to fit in but you can't. How you hurt yourself on the outside to try to kill the thing on the inside.
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(Je sais ce que c'est de vouloir mourir. Comment il est douloureux de sourire. Comment vous tentez d'aller mais en vain. Comment vous vous blessez à l'extérieur de vous même pour tenter de tuer la chose qui est en vous)
J'avais 23 ans, je venais de passer 1 an de ma vie en institution psychiatrique où l'on m'avait finalement diagnostiquée "borderline".
Lorsque j'ai aperçu la jaquette de ce film sur le rayonnage du magasin, la coïncidence m'a paru providentielle. Peut-être allais-je apprendre comment vivre avec ce trouble? Et ce film m'a remué. Sans vraiment comprendre, sans mettre de mots, j'étais passée à l'adolescence par les mêmes états, dans les mêmes sables mouvants que Susanna, j'étais tombé dans les mêmes pièges. Et alors j'ai mieux compris ce qu'être borderline voulait dire.

Ce film est un voyage initiatique, un "film de formation". Susanna a 17 ans, elle ressent comme un malaise diffus, une souffrance, une différence en elle qui la rend "inapte" à la vie. Elle va découvrir au fil de l'histoire à mieux gérer ses comportements pathologiques, sa relation au monde et aux autres.
Est-elle borderline? Pour moi, cela ne fait aucun doute, et je pense que beaucoup d'entre nous se reconnaîtrons dans ses idéations suicidaires, son impulsivité autodestructrice, son intense sentiment de vide, sa mise en échec scolaire, sa quête de reconnaissance et d'amour… Son côté bohême…

Pourquoi ce film m'a-t-il paru percutant ?
Parce que, comme Susanna, j'ai du me laisser emporter par le courant et toucher le fond pour comprendre qu'il ne faut pas se complaire dans la maladie. Oui, le borderline peut se sentir différent, plus riche, plus intéressant que les autres, "éveillé". Mais il doit comprendre aussi que la guérison ne lui enlèvera pas cette richesse.
Et non, penser au suicide ne vous met pas automatiquement dans le camp des grands philosophes et des artistes maudits. Nous avons tous à un instant la tentation de franchir la frontière ("borderline" en anglais) entre la raison et la folie. Ce film nous montre simplement que cette frontière est peut-être plus ténue que nous ne pensons, qu'il est parfois plus confortable de rester du côté obscur mais qu'il est possible de revenir dans la lumière si l'on en a la volonté. Pour cela, il faut se détacher "affectivement" (oui, oui) de sa maladie, et cesser de la chérir.

Voilà pour moi ce que Susanna veut dire à la fin du film : elle est "guérie" dans le sens où elle connaît son trouble et a décidé de lutter contre. Cela peut signifier compter jusqu'à cent avant d'avaler un tube de comprimés, apprendre à gérer le flot parfois impétueux de ses émotions…

D'aucuns diront que ce film est une bluette sentimentale peu réaliste. Ce n'est pas totalement faux, et guérir d'un BPD après 18 mois de thérapie peut sembler optimiste. Mais qui aujourd'hui demande à un film hollywoodien de représenter la vraie vie ? Pour ceux qui souhaiteront avoir une version moins édulcorée du "voyage" de Susanna à travers les méandres de la maladie, je conseille le livre dont le film est tiré : "Une vie volée" par S. Kaysen ("Girl, Interrupted"en version originale)

Le message est optimiste, mais l'optimisme n'est pas un défaut. Si vous avez 17 ans, si vous vous sentez perdu(e), seul(e), si vous pensez souffrir de BPD, partagez la découverte de Susanna et suivez-là quelques instants : il vous restera sans doute au moins une petite rengaine des Sixties…
Si par contre vous cherchez dans ce film des explications sur le syndrome, vous ne les trouverez pas. Le témoignage ne Susanna n'est pas didactique, et j'ai bien peur que le message du film reste flou et hermétique pour les proches des malades. A vous de voir !

Agnès

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Pour une vision plus sévère et extériorisante du trouble, vous pouvez regarder le film "37°2 le matin"

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Dernière mise à jour  2014